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Le travail de thérapeute auprès d'enfants est souvent exigeant et difficile, tant il sollicite régulièrement chacun dans ses fonctionnements les plus archaïques. Cependant, parfois, il réserve d'heureuses surprises, des moments uniques où, histoire d'une séance, le thérapeute et son petit patient peuvent connaître une expérience extraordinaire, où l'un et l'autre se rencontrent dans une présence d'une qualité inhabituelle.
C'est sur ce point d'harmonie précis que porte l'article qui va suivre. Après avoir résumé brièvement le début de cette thérapie, je vous propose de me suivre dans ma tentative d'élaboration de ce temps tout à fait singulier s'arti-culant autour de la confection de deux masques. Bien que le recours à l'acte ne soit pas usuel dans la pratique psychanalytique, je tenterai, dans ce travail, d'argumenter en quoi le passage par l'acte s'est avéré constructif pour mon jeune patient. Ce temps particulier a permis à cet enfant de sortir d'un vécu de dépression primaire pour accéder à un niveau de fonctionnement plus proche du modèle du rêve, du récit. Par ce parcours, William pourra enfin se raconter et partager sa terrible histoire.
William est un petit garçon de 9 ans, il se présente de façon mécanique tel un robot, aucune fantaisie ne transparaît, il est de petite taille, un corps à l'allure adulte aux dimensions d'un enfant. Une carapace musculaire l'habille d'une tension permanente le rendant imperméable à tout échange. Son visage est impassible, sculpté dans la cire, son regard est constamment dans l'évitement, une froideur glaciaire et inaffective se dégage de lui.
Très rapidement mon bureau et moi-même nous transformons en banquise, sa poigne de fer enserre et congèle tout. À l'évidence, mes capacités de pensée n'échappent pas à ce mouvement, je me sens coupé de moi-même,