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« Pourquoi, vénérable Socrate, honores-tu
Sans cesse ce jeune homme, ne sais-tu pas plus grand ?
Pourquoi ton œil le contemple ?
Avec amour, comme un dieu ?
Qui pense au plus profond, aime le plus vivant,
Qui a scruté le monde, comprend bien la jeunesse,
Vers la fin, souvent les sages inclinent à la beauté. »
« L'inclination a fait son apparition comme un beau jour de printemps… » Ces mots aussi victorieux que lyriques de Freud, alors âgé de 16 ans, dans sa lettre du 4 septembre 1872 à son ami de jeunesse Eduard Silberstein, vont bientôt laisser le champ libre à un découragement menaçant. La suite de ce début si plein d'élan dit, en effet : « (…) seuls mon absurde hamletisme, mon timide mentalisme2 m'ont empêché de trouver agrément et plaisir à m'entretenir avec cette jeune fille, à demi naïve, à demi cultivée. »
Rien que cette première exclamation, cette unique phrase, considérée pour elle-même, évoque en nous un monde de sentiments variés que nous pourrions tout à fait attribuer à l'adolescence, où dans le vécu se succèdent des hauts et des bas au rythme rapide d'oscillations fugitives. Cette brève déclaration trahit une aptitude précoce à l'autocritique et à l'auto-observation, également caractéristique de cet âge. Mais, au-delà de tout cela, il nous faut encore mentionner un autre élément qui nous frappe dans ces mots et qui n'est pas nécessairement caractéristique de la psyché d'un adolescent : le solide ancrage du jeune épistolier