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Décrite comme désert et immensité froide, l'emprise ignore le rythme. Mais elle invente et classe le monde, et se fait ainsi mouvement et appareillage, préparation fébrile ou ordonnée qui déblaie, accumule, écarte ou rassemble, et parfois sélectionne. Elle peut être une main momifiée, crispée sur l'objet qu'elle veut saisir, ou l'enfant qui se dresse, saisit le sein ou le biberon, le premier regard ou le premier mot et se fait jubilation.
Que veut l'emprise, que cherche-t-elle ? Bouche avide, happant ce qui la frôle, l'emprise peut être de vie ou de mort. Partant d'une analyse de l'appareil d'emprise et soutenant une double vectorisation de la pulsion d'emprise, Alain Ferrant développe une conception de la notion d'emprise ancrée dans une relecture serrée des propos de Freud (qui l'introduit dès 1905) pour en proposer à la fois une conceptualisation forte et une application à diverses études, cliniques, psychosociales et littéraires.
L'expression « pulsion d'emprise » est la traduction des mots allemands Bemächtigungstrieb ou Bewältigungstrieb. La racine Mächt évoque la force, la puissance, le pouvoir, la capacité à s'emparer de quelque chose, tandis que bewältigen connote plutôt l'accomplissement, la capacité à surmonter ou à venir à bout de quelque chose. L'emprise évoque donc une prouesse, une entreprise, un projet ou une visée en même temps que le sens (ancien) de « mainmise » qui renvoie aux significations courantes de domination intellectuelle ou morale et d'influence. L'emprise est pour A. Ferrant un concept majeur ; il défend une conception de l'emprise qui en fait un étayage pour les fondements de l'appareil psychique : l'emprise s'y conçoit comme entreprise mettant en œuvre un appareil d'emprise.