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« Vivre, c'est-à-dire continuer de ressaisir le passé pour le remanier indéfiniment, pour en construire sans cesse les nouvelles versions, lesquelles font surgir (…) des vérités connues depuis toujours et pourtant foncièrement ignorées. »
Lorsque Vladimir Nabokov, dans le cadre de son cours de littérature européenne donné à la Cornell University, critique la notion de réalisme descriptif en littérature, il demande à son auditoire de se munir d'un crayon et de tenter le dessin du chapeau de Charles tel que Flaubert le décrit au début de Madame Bovary :
« Le nouveau tenait encore sa casquette sur ses deux genoux. (…) Ovoïde et renflée de baleines, elle commençait par trois boudins circulaires ; puis s'alternaient, séparés par une bande rouge, des losanges de velours et de poil de lapin ; venait ensuite une façon de sac qui se terminait par un polygone cartonné, couvert d'une broderie en soutache compliquée, et d'où pendait, au bout d'un long cordon trop mince, un petit croisillon de fils d'or, en manière de gland. »
Exercice impossible ! Nabokov1 lui-même a esquissé un croquis sans pouvoir l'achever. La raison en est simple : Flaubert ne décrit pas la réalité d'un chapeau, il fabrique le récit d'une description de chapeau. Nabokov s'emploie à montrer qu'il n'existe pas de réalisme en littérature que la littérature, et celle de Flaubert ne fait pas d'une quelconque vérité son problème. Un récit a pour vocation de fabriquer un objet de récit et non pas un objet vrai, une réalité