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« Ce serait entreprendre le récit d'un cauchemar que de vous raconter par le menu l'histoire de mes relations avec cet idiome d'emprunt, avec tous ces mots pensés et repensés, affinés, subtils jusqu'à l'inexistence. (…)
« Il n'en existe pas un seul dont l'élégance exténuée ne me donne le vertige : plus aucune trace de terre, de sang, d'âme en eux. (…) sans quoi jamais je n'eusse abandonné la nôtre (notre langue), dont il m'arrive de regretter l'odeur de fraîcheur et de pourriture, le mélange de soleil et de bouse, la laideur nostalgique, le superbe déraillement. (…) Je donnerais tous les paysages du monde pour celui de mon enfance. Encore faut-il ajouter que, si j'en fais un paradis, les prestidigitations ou les infirmités de ma mémoire en sont les seuls responsables. »
Quand le patient parle, et régresse au cours de la séance, l'une des fonctions du langage consiste à contenir ces mouvements en cours. La notion de régrédience formulée par Sára et César Botella est une parente de la régression. Alors que celle-ci représente plutôt un grand plongeon en arrière, celle-là exprime des mouvements parfois rapides, une instabilité, un non-équilibre2. Face à la régrédience, le langage comporte au moins deux dimensions : révéler des traces du sexuel, notamment du « sexuel primordial », notion proposée par les deux auteurs ; constituer face au « sexuel primordial », « caractérisé par sa nature impulsive et impulsée », un pare-excitations qui filtre et protège. Qu'en est-il lorsque la langue parlée en analyse n'est pas la langue maternelle ? Et quels sont donc les aspects du langage qui se trouvent en cause ?