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« Lecteur, as-tu quelquefois respiré Avec ivresse et lente gourmandise Ce grain d'encens qui remplit une église, Ou d'un sachet le musc invétéré ? Charme profond, magique, dont nous grise Dans le présent le passé restauré ! »
« Car ce n'est qu'en tant que phénomène esthétique que l'existence et le monde, éternellement, se justifient. »
Les souvenirs olfactifs semblent appeler de la manière émotionnelle la plus intense les interactions que nous avons eues au cours de notre enfance (R. Herz, 1998). Mais l'odorat semble être oublié dans la psychothérapie et la psychanalyse. Et s'il existait pour chacun d'entre nous un choix de puissants souvenirs issus de notre enfance auxquels on ne peut accéder qu'à travers l'odorat (D. C. Rubin, 1984) ? Se peut-il que l'odorat représente une importante voie d'accès à l'histoire individuelle de chacun de nos patients ? Et si, comme l'a suggéré Marcel Proust (1922), notre passé retrouvé offrait la chose la plus proche au sens de l'intemporalité, voire de rédemption, que nous puissions connaître ?
Le monde de la poésie et de la littérature nous fournit un vaste choix de rapports anecdotiques sur le pouvoir évocateur de l'odorat (H. Rindisbacher, 1992). Pourquoi a-t-on prêté si peu d'attention à l'exploitation des « pouvoirs de l'odeur » (A. Le Guérer, 2002) dans les explorations psychiatriques du passé individuel des patients ? Le livre de Chandler Burr, L'homme qui entend les parfums (2004), relate l'aptitude extraordinaire que possède Luca Turin, un individu qui aurait « le nez absolu » pour analyser et décrire les parfums. En