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Le présent propos se nourrit d'un travail d'une bonne trentaine d'années comme psychiatre et psychanalyste en hôpital de jour1. Les adolescents y sont admis en cure pour plusieurs années en raison surtout de deux types de pathologies : soit une décompensation psychotique, délirante ou hallucinatoire ; soit des troubles graves des conduites et du comportement chez des personnalités « limites » (conduites délirantes, en quelque sorte). Ces symptômes ont en commun de traduire une dépossession subjective sans commune mesure avec celle que peut entraîner le refoulement chez les névrosés ; ils témoignent en fait de l'aliénation qui résulte d'un défaut de symbolisation de certaines données existentielles qui demeurent, de ce fait, insuffisamment subjectivées par l'intéressé.
Le mécanisme en cause a été caractérisé par Freud comme un rejet hors du pensable privant certaines traces perceptives de leur signification possible, mais sans pour autant les effacer comme le ferait le refoulement. Décrivant le dénirejet de l‘« Homme aux loups » , Freud dit qu’ « aucun jugement n'est à proprement parler porté [sur la castration] ». Un tel rejet hors signification a certes pour effet premier de désamorcer la charge d'affect traumatique que peut provoquer la perception en cause, la réduisant tout au plus à de l'inquiétante étrangeté (Freud, 1919). Mais cette mise hors symbolique a l'inconvénient de faire disparaître le sujet même d'un jugement qualitatif et attributif possible.
Aussi le psychanalyste ne peut-il se contenter d'attendre de tels patients qu'ils lui fournissent, par leur discours en séance, les clés pour comprendre la genèse des difficultés dont ils pâtissent pourtant si manifestement. Car tout se passe comme si ces jeunes étaient privés des racines signifiantes qui leur permettraient une mise en paroles et en scénario fantasmatique.