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Bernard Brusset, dans le paragraphe de son rapport intitulé « Les espaces psychiques et les liens », aborde le travail analytique dans ce qu'il a de plus insaisissable, cette « constitution d'un fonctionnement interpsychique dans une transitionnalité telle que la question de savoir ce qui vient de l'un ou de l'autre ne se pose pas ». Ce paragraphe m'a évoqué certaines cures en face à face, dans lesquelles l'espace psychique peut être représenté par cet espace matériel, situé entre le patient et l'analyste, conjointement regardé et sur lequel peuvent se déployer de riches activités fantasmatiques.
J'évoquerai ce patient mélancolique qui un jour me parlait, comme souvent, de sa solitude et de sa tristesse. Je me suis alors figurée, à la façon d'une évocation fantasmatique tranquille, mais avec la vivacité de certaines images de rêve, un petit garçon de 3 ou 4 ans en culottes courtes, qu'il m'amenait, le tenant par la main, et qui restait là, entre lui et moi, assis au milieu de la pièce, pour qu'on s'occupe de lui, qu'on l'écoute, qu'on reconnaisse son existence. Je dis alors au patient qu'il venait d'une certaine façon me présenter cet enfant qu'il avait été, pour que l'on s'en occupe ensemble. Cet enfant avait été si seul, se sentait si différent des adultes mais aussi de tous les autres enfants, et personne n'avait jamais reconnu sa détresse. Nous pûmes alors donner consistance à cette partie de lui qui n'avait jamais pu réellement exister ; nous étions tous deux à regarder cet enfant, un peu comme deux parents attentifs et soucieux de voir qu'il n'allait pas bien. Il m'amenait cet enfant à guérir, témoignant par là même d'un clivage par lequel il pouvait être à la fois la mère/père de cet enfant et cet enfant lui-même. Cela lui permit de revenir autrement sur l'un des épisodes tragiques de son enfance, justement vers cet âge-là, lorsque son frère cadet mourut et que personne ne prit alors soin de lui et de ce qu'il pouvait ressentir – il ne pouvait pas comprendre,