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Il est difficile de parler de l'endroit où il y a le vide. Ce qui m'a donné le désir et le courage de parler de cet endroit, c'est l'œuvre d'un artiste contemporain, Alvin Lucier. Son œuvre est une composition électro-acoustique, connue sous le titre : I'm sitting in a room… ( « Je suis assis dans une pièce… » ). C'est une musique expérimentale que Lucier a réalisée en 1970, en se servant des moyens technologiques. On peut concevoir cette composition comme un événement artistique que l'on appelle « happening » ou « performance » dans l'art moderne. Dans cet happening, Lucier enregistre dans une pièce vide sa propre voix lisant un court texte écrit par lui-même. Ensuite, il émet sa voix enregistrée dans la même pièce et il enregistre sa voix enregistrée plusieurs fois de suite, jusqu'à ce qu'il obtienne une musique bizarre qui se produit par l'effacement des paroles de son texte. Dans ce texte, il décrit simultanément son action. Il dit également qu'il y a des irrégularités dans son articulation. En l'écoutant, nous entendons distinctement qu'il bégaie. Et il précise un but. Voici le texte :
« Je suis assis dans une pièce, différente de celle dans laquelle vous vous trouvez maintenant. J'enregistre le son de ma voix parlante et je vais la jouer dans la pièce encore et encore, jusqu'à ce que les fréquences résonantes de la pièce se renforcent à tel point que toute ressemblance avec mon discours, peut-être à l'exception du r-r-rythme, est détruite. Ce que vous entendrez alors seront les fréquences résonantes naturelles de la pièce, articulées par mon discours. Je n-n-ne considère pas cette activité comme la démonstration d'un fait physique, mais plutôt le moyen d-d-d'atténuer les éventuelles irrégularités dans mon articulation. »2