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Que veut la femme ? se demande Freud, l'assimilant au continent noir inexploré, énigme qu'il s'est bien gardé de nous révéler, à supposer qu'il l'ait sue.
Résoudre les énigmes ne porte pas chance aux malheureux qui s'y sont engouffrés, que ce soit Œdipe face à la sphinge, où Tirésias face à Héra.
Tirésias, avant d'être devin, a été femme. Tout au moins pendant un certain temps, pour avoir frappé, blessé ou tué (en tout cas, séparé) deux serpents qui copulaient, il a vécu dans un corps de femme. Puis, s'attaquant à nouveau à un couple de serpents, il est redevenu homme. De ce passage par la féminité, il a gardé l'expérience des deux sexes.
Or, un jour que Zeus discutait avec Héra et affirmait que, au cours de l'acte sexuel, la femme avait davantage de plaisir, alors qu'Héra soutenait le contraire, ils ont décidé de consulter Tirésias, compte tenu qu'il avait connu les deux conditions. À la question soumise, il a répondu que, s'il y avait dix parts de plaisir, l'homme jouissait d'une seule alors que la femme en jouissait neuf fois. À partir de là, Héra, furieuse, a rendu Tirésias aveugle, et Zeus, satisfait par la réponse, l'a fait devin.
Nicole Loraux1 souligne que, décidément, les secrets féminins doivent rester bien gardés. Les yeux aveuglés du Thébain montrent qu'il n'a plus nécessité de voir… parce qu'il sait. Mais il a dû payer un lourd prix pour avoir mis en valeur la jouissance féminine.
Classiquement, le féminin est culturellement davantage lié à la souffrance ou à la belle indifférence, qu'à la jouissance. Que ce soit les douleurs de l'accouchement, les règles, la frigidité des hystériques ou le masochisme, dit féminin.