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Dans un essai intitulé Le temps, ce grand sculpteur, Marguerite Yourcenar (1983) affirme que la vie d'une statue commence le jour où elle est prête. Cette première étape achevée, le bloc de pierre a acquis, grâce au soin du sculpteur, une forme humaine. Au cours des siècles, où se succèdent adoration, admiration, amour, mépris ou indifférence à l'égard de cette sculpture – ainsi que des degrés successifs d'érosion et d'usure –, une seconde étape va la ramener progressivement à l'état de minéral informe auquel le sculpteur l'avait arrachée.
Plusieurs circonstances, telles que les vents, les modes, les restaurations, les pillages, les guerres, le naufrage de bateaux chargés d'œuvres d'art, font du temps qui passe le grand sculpteur des œuvres que nous retrouvons dans les musées du monde entier.
En ce qui concerne l'action du temps sur les concepts psychanalytiques, nous remarquons que certains sont balayés par le vent, d'autres engloutis par la mer des modes changeantes. Certains auteurs deviennent maudits, alors que d'autres sont adorés comme de nouveaux Freud ; certains penseurs sont intronisés tandis que d'autres plongent dans l'oubli. Des concepts anciens ou des auteurs oubliés sont redécouverts plus tard, sous la patine de sculptures anciennes qui couvre une fraîcheur inattendue.
En cette année où nous célébrons les 150 ans de la naissance de Freud, juste après la commémoration du centenaire des Trois essais, cette rencontre représente une des formes les plus psychanalytiques de célébration : en évoquant l'évolution des concepts, en examinant la façon dont le temps, ce grand