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Les patients avec lesquels la psychanalyse a à faire aujourd'hui n'ont pas, le plus souvent, d'espace psychique à eux, bien individualisé, bien enveloppé par une membrane, un pare-excitation efficace, comme dans la métaphore de la vésicule psychique de la seconde topique de Freud. Le Ça, le réservoir des pulsions, ne contient pas l'excitation qui déborde du chaudron ou bien ne parvient pas à y entrer. Il s'agit plutôt d'un baquet familial, groupal, ou d'un repli neurobiologique, une survie précaire à défaut de mieux.
Pour contenir ces patients, en proie à des agirs de décharge – toxicomanes, délinquants, patients opératoires, à névrose de comportement ou familiers des conduites à risques, pervers, intégristes ou sectaires, cyclothymiques ou paranoïaques –, la parole couchée ne suffit plus, d'autant que le modèle du rêve ne fonctionne pas, chez eux. Ces sujets ne rêvent pas, ils cauchemardent, ils somnambulent, ils font du terrorisme nocturne, hallucinent négativement, se clivent ou se morcellent. L'analyste doit alors travailler avec le cadre, et sur le cadre, par des étayages qui nécessitent une stratégie élaborée et éclairée par l'analyse de son contre-transfert.
Pour y parvenir sans trop de fourvoiements, une métapsychologie à la fois solide et évolutive est nécessaire. On peut l'appeler troisième topique, comme l'a suggéré Bernard Brusset, après Christophe Dejours. Pourquoi pas ? La psychanalyse française aime bien le chiffre trois : trois séances par semaine, durant trois quarts d'heure, trois ans au minimum – même si les trois-six-neuf semblent plutôt l'emporter, vu la longueur des cures, pour peu qu'on ne se contente pas de l'analyse de la seule névrose (fine pellicule de la psyché, parfois constituée en faux self et renforcée par une analyse repliée sur elle-même). Mais le risque de l'expression « troisième topique » est de ne pas rappeler qu'une