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On va au palais Fronteira à Lisbonne pour y voir ses curieux Azulejos. Les dessins de faïence frappent par leur audace, par leur grossièreté, disent certains. Ici, on découvre dans les scènes de chasse des animaux à visage humain, là, surgit une femme au sexe décoré ; dans les coins des panneaux de faïence, des formes accroupies relèvent leur jupe pour soulager quelques besoins. Ce palais a été construit dans les années 1660, à la frontière des bois. Le comte de Mascarenhas voulait transformer ce lieu sauvage, sur les collines, en un jardin ouvert, où l'eau des sources et celle du ciel se mêleraient dans les fontaines, où il ferait pousser toutes les plantes de la terre, les plus rares, venues des pays de la limite du monde qui avaient assuré la fortune de sa famille, et qu'il croiserait aux plantes de sa forêt. Puis une extrême douleur d'amitié était venue assombrir la vie du comte : son ami avait péri sous la haine de la rétorsion meurtrière d'une femme. Le roi, inquiet des risques politiques qu'une vengeance du comte ne manquerait de lui faire courir, l'avait immédiatement nommé marquis de Fronteira et, dans le même temps, lui avait fait promettre le silence. Le marquis tint parole, mais commanda les carreaux de faïence bleue qu'il dessina pour son palais. Les carreaux, une fois posés, ne furent que scandaleux ou encore simplement méconnus, et ne parlèrent que lorsque le roi eut révélé leur histoire à des visiteurs suffisamment pressants : « Il est possible que les œuvres d'art soient le fruit des vengeances. Un de mes compagnons s'est peut-être vengé malgré l'interdiction que je lui avais faite, sans qu'il désobéît néanmoins à la parole donnée. Le désir nous affole tous les jours et sa carence nous abandonne aux ombres. Ici les ombres sont bleues. »1 Dès lors, on sut que ces images grotesques cachaient des histoires de passion amoureuse.