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Imaginons un couloir de l'Institut Freud, qui se trouve dans le Westend de Francfort. Un analyste et sa patiente disparaissent dans l'une des chambres. Qu'ils ne veulent pas être dérangés dans ce qui va se poursuivre est signalisé par une lumière du couloir.
La patiente est une femme blonde, pas encore mariée, près de la trentaine. Elle est allongée sur le divan et parle d'un tas de choses lors de ses séances. Ses associations viennent facilement. L'analyste aime l'écouter car son récit aisé lui donne beaucoup d'idées. Partant d'un sentiment positif au fond de lui-même – « voyons ce qui va encore se passer aujourd'hui » –, il se réjouit des séances.
L'analyste constate d'ailleurs aussi, souvent en plein milieu de cette profusion verbale, d'abord en général de façon à peine perceptible, qu'un étrange changement peut avoir lieu. Si, auparavant, il se trouvait encore dans un état qu'on pourrait décrire comme « dans l'attente positive d'une idée », il se sent maintenant à sec et en même temps submergé. Il ne sait pas vraiment quoi faire du matériel, essaie d'aiguiser son attention et finit par être très tendu. S'il arrive finalement à dire péniblement quelque chose, il constate que sa patiente ignore tout simplement son intervention et continue à parler quoiqu'il ne sache pas si elle en est consciente. Il se souvient maintenant aussi que la patiente a parfois réagi de façon très émotionnelle à ses remarques, relevant quelque chose dans son récit sous un nouvel angle, et qu'elle se mettait parfois à pleurer longuement comme si quelqu'un l'avait critiquée. Par contre, il y avait aussi des moments inattendus, où un tournant humoristique avait lieu et où toute la tension se dissolvait dans un rire partagé auquel l'analyste s'adonnait volontiers pour une courte durée – il ne voulait ou ne pouvait simplement pas se soustraire