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« Ne me fermez pas vos portes, fières bibliothèques, Car ce qui manquait sur vos rayons bien garnis, et dont pourtant vous aviez grand besoin, je l'apporte, Émergeant de la guerre, un livre que j'ai fait, Les mots de mon livre ne sont rien, son élan est tout, Un livre distinct, non relié au reste ni perçu par l'intellect, Mais ses latences non dites vous passionneront à chaque page. »
En ce temps de violence dans la civilisation, violence individuelle et collective, violence faite à l'intime et à l'universel, en ce temps d'attaques noires contre la psychanalyse, l'émouvant, le courageux, le vivifiant témoignage de Janine Altounian, L'intraduisible. Deuil, mémoire, transmission, est à faire passer, séance tenante, entre toutes les mains. Ainsi, le fil serré de la lecture pourra se tisser au fil ténu de l'écriture de l'auteur et l'ouvrage ainsi travaillé pourra tenter de poursuivre l'œuvre de la Kulturarbeit et tenter de faire résistance à l'insensé, à l'innommable, au meurtre de la langue.
Ce livre, dernier d'une trilogie, après Ouvrez-moi seulement les chemins d'Arménie. Un génocide aux déserts de l'inconscient et La survivance. Traduire le trauma collectif, se veut d'emblée geste de psychanalyse aux chercheurs analystes. Geste d'une héritière d'une transmission traumatique chez son parent survivant, geste d'une traductrice, d'une essayiste, d'une narratrice, d'une analysante, nous transmettant par l'écriture de L'intraduisible un dense et mobilisant questionnement psychanalytique relatif à la cure, à son but et aux effets psychiques et aussi politiques de celle-ci.