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Aux collègues, proches et lointains, connus et inconnus, vivants et morts, qui m'ont inspiré ces lignes.
« Où suis-je? », dit-on, au sortir de l'inconscience ! Où est-Je? Daniel-Paul, un jeune homme qui s'est effondré sur un mode psychotique et qui approche de sa quatrième année de thérapie intensive, m'apostrophe, en regardant autour de lui: « Il est où Moi? Hein ! Monsieur Lavallée, il est où mon Moi? » La conviction que nous avons que notre monde est en nous, à l'intérieur des limites de notre Moi-corps, ne va pas de soi. C'est une construction que le travail analytique permet de conforter. Au fur et à mesure que l'analysant met en sens en se l'appropriant sa propre histoire, cette construction se confond avec la notion de réalité psychique. Notre monde est en nous et il est à nous, en sécurité, dans un espace psychique inviolable. L'existence d'une réalité psychique travaillable dans un processus analytique classique, suppose un espace psychique, espace où le Moi-sujet peut subjectivement s'installer avec lui-même, dans un rapport supportable à cet « attracteur » transférentiel qu'est le psychanalyste.
Lorsque nous cherchons à nous rendre sensible aux lieux où nous vivons, deux espaces se dégagent nettement: le Moi-corps et l'espace dédoublé de la pensée. Pour être plus complet, il nous faudrait distinguer une triple enveloppe diurne: une enveloppe perceptive pour les diverses formes de perception, une enveloppe endoperceptive pour les diverses formes de pensées (l'appareil à penser les pensées), l'enveloppe du Moi-corps en tant qu'habitat lieu de la mise en sens émotionnelle, et la nuit une enveloppe du rêve. Ces quatre enveloppes figuratives sont animées par une énergie pulsionnelle que je conçois en termes d'hallucinatoire, je vais y revenir. Mais, en dernière analyse, l'espace dédoublé du Moi et le Moi-corps sont les lieux les plus importants du dépôt de notre réalité psychique, les lieux de la subjectivation diurne, ce sont donc eux que je vais, dans ce bref