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« Chaque bébé commence par une nouvelle création du monde. Et l'on espère que le septième jour, il est satisfait et se repose… mais il faut que quelqu'un soit là pour que ce qui a été créé devienne réel. »
L'argument de ce numéro de la revue rapporte que René Diatkine disait que la phase initiale du psychisme humain - soit ce que ressent ou « pense » le bébé - est aussi peu représentable que la mort. Je voudrais m'emparer de cette remarque pour l'interroger, la repenser et éventuellement la mettre en doute, à la lumière des avancées récentes de la psychanalyse. Avec l'apport des poètes.
Entre la naissance et la mort, la frontière n'est pas aussi définitive qu'on le croit. Entre les vivants et les morts encore moins. Autrefois, rapporte Yvonne Verdier (1979), la matrone, une femme du village qui aidait aux naissances, était aussi celle qui faisait la toilette des morts. Traditionnellement s'établissait ainsi un lien entre l'arrivée et le départ de l'être humain. Couper le cordon et préparer le corps du défunt pour l'enterrement: deux manières ritualisées de favoriser le passage entre la vie et la mort. Dans une maison de retraite, une femme en fin de vie, qui s'était complètement négligée depuis des mois, a surpris tout son entourage lorsqu'elle a tenu tout d'un coup à se coiffer et se maquiller au moment de mourir. Comme si, pour ce passage, elle devait se faire belle, donner d'elle-même une image narcissiquement valorisante, prise par le mouvement d'expansion libidinale de la fin de la vie, si remarquablement décrit par Michel de M'Uzan .
Les deux extrémités se rejoignent, et comme le souligne Winnicott (1988), « la plupart de ce qu'on sent et dit d'habitude au sujet de la mort concerne en fait ce premier état d'avant l'animation de la vie, où la solitude est un fait, et qui précède de beaucoup la rencontre avec la dépendance. La vie de l'individu est un intervalle entre deux états de non-vie. Le premier, d'où la vie se dégage, colore les idées qu'ont les ge