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D'une certaine façon, dans une représentation banale des choses, le chemin qui conduit de l'agir à la créativité est orienté. Il envisage le long et douloureux trajet qui part de la géhenne de la décharge brute, de la répétition sans âme, de la bestialité, pour monter lentement et péniblement vers les sommets éthérés de la sublimation et les productions socialement valorisées. Vers l'olympe de l'art si l'on veut. Cette suite d'étapes pourrait également constituer les stations successives d'un chemin de croix de la pulsion, marquant les temps forts d'une civilisation de l'individu banalement et brutalement humain. De ce point de vue, la tragi-comédie shakespearienne de La Tempête figure assez bien toute la mise en jeu du travail civilisateur entre l'agir et la créativité. On y voit Prospero le magicien, faire violence à ce monstre laid, puant et bestial de Caliban pour qu'il renonce enfin à ses agirs de brute et puisse accéder au domaine des actes civilisés, le rendant alors sensible et attentif aux beautés de la vie psychique. Sous la férule de Prospero, Caliban le monstre qui ne s'exprimait d'abord que par des cris, est ainsi conduit au seuil de l'expérience artistique. Il peut alors s'écrier « Be not afeard; the isle is full of noises, Sounds and sweet airs, that give delight and hurt not » « Laissez donc là vos peurs: cette île est bruissante de sons et de doux airs qui vous ravissent l'âme sans jamais la heurter. » En somme de l'agir à la créativité en passant par l'acte, telle serait la trajectoire éducative que le psychanalyste, pourtant sans but, sans mémoire et sans désir, devrait laisser s'accomplir en chacun des Calibans qui s'allongent sur son divan. Portrait du psychanalyste en Prospero moderne, donc? Pourquoi pas. Surtout si l'on se souvient que Prospero dit quelque part: « We are the stuff that dreams are made of, and our little lives are surrounded by sleep » « Nous sommes faits dans l'étoffe où sont taillés les rêves et nos modestes vies sont