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Il y a onze ans, la RFP coordonnait un numéro spécial: « Psychanalyse, neurosciences, cognitivisme » (Couvreur et al., 1996). Depuis, le champ de l'interface entre neurosciences et psychanalyse s'est élargi. Les publications concernant ces liens ont connu une croissance exponentielle: sur 104 références dans Medline, un quart ont été écrites depuis 2004 et la moitié depuis 1999; c'est un champ « à la mode ».
Pourtant, la question du lien entre ces deux disciplines ne va toujours pas de soi, au sein du milieu psychanalytique. Penser les articulations entre neurosciences et psychanalyse peut se faire à bien des niveaux; nombreux sont ceux qui tentent de saisir l'objet – ou des objets radicalement différents? – sous leur face épistémologique, théorique, beaucoup moins sous leur face pragmatique ou clinique (Ouss-Ryngaert et Rossetti, 2006). Mais une des nécessités est bien celle de partir des patients.
Nous proposons de traiter cette question sous l'angle clinique. Nous partirons de notre expérience avec des patients porteurs de lésions cérébrales, auxquels nous proposons des psychothérapies psychodynamiques. À partir des constats élaborés autour du travail avec ces patients, nous élargirons la question de l'interface en proposant des pistes d'articulation entre niveaux et objets possiblement partageables, dans une perspective « neuropsychanalytique ».