You do not currently have permission to view the full text for this document. Please sign in to an account with an active subscription or contact support.
« La double vie des mères » est « un lieu commun de la culture et une source d'énigmes individuelles », propos inauguratif d'un numéro qui invite à réfléchir sur les différentes figures des mères de notre culture occidentale. L'argument invalide d'emblée l'idée d'un monde de représentations, dominé par « l'emprise de la métaphore paternelle », allant jusqu'à trouver dans la récente formule présidentielle américaine du combat entre le bien et le mal une tentative du fait d'éléments archaïques infantiles, voire religieux, infiltrant cette proposition du maintien d'une image maternelle soit bonne, soit mauvaise. L'enjeu clinique est aussi présent dans ce numéro avec une question: Qui sont-elles, les mères, quand nous n'y sommes pas?, formulation littéraire de la censure de l'amante, chère à Fain.
Jean Clair, homme de lettres et d'art, inaugure ce numéro par un article qui interroge la disparition de la loi paternelle dans la société au profit d'un matriarcat autrement puissant. Il souligne la proximité des dates de modification du Code civil en 1970, 1972, 1975, qui concernent respectivement l'abolition de la notion de puissance paternelle, la légalisation de la pornographie et l' « autorisation » de l'avortement. L'auteur dénonce alors un soi-disant progrès qui serait selon lui un retour au niveau archaïque de la pulsion sexuelle, un retour aux cultes des grandes déesses mères: « La mère libérée du père retrouve la possibilité d'assouvir sa passion anthropophage. » À ce stade de la réflexion de l'auteur, le doute saisit le lecteur qui se demande s'il est question de l'individu, de la société ou des représentations personnelles de l'auteur. La démonstration de celui-ci reste peu convaincante, tant les différents niveaux épistémologiques semblent traités sur un pied d'égalité. On aurait envie de lui soumettre cette remarquable citation produite un peu plus loin dans la revue par la psychanalyste Corinne Ehrenberg, qui, opportunément, rappelle, à propos de La métamorphose