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Lorsqu'il y a quelques mois, Jean-Luc Donnet et Françoise Coblence m'ont proposé de participer au Colloque de Deauville sur le thème d'aujourd'hui: qu'est la neutralité devenue? Le thème m'a intéressée d'emblée. En effet, en me situant dans le fil de mes réflexions depuis plusieurs années, j'ai pensé reprendre le concept de neutralité, en le mettant au travail sous l'angle de la participation de l'analyste au déploiement du processus, selon la définition que nous en avions donnée dans notre introduction commune au rapport belge du Congrès de 2002: « Le processus analytique se construit sur la rencontre entre deux psychismes, créant un fonctionnement interpsychique dans un espace analytique commun. » Vu sous cet angle, que devient donc le concept de neutralité?
Un bref détour par le dictionnaire nous permet de constater que les différentes définitions du mot « neutralité » ne sont guère réjouissantes pour un analyste: vient de « neutre », ni l'un ni l'autre, ni masculin ni féminin mais aussi qui ne prend pas parti, impartial, indifférent et, du côté péjoratif, fade, sans éclat, sans passion. Au passage, je vous rappelle un des sens d' « indifférence » que j'ai retrouvé dans le Dictionnaire historique de la langue française d'Alain Rey, qui rejoint une des définitions du mot « neutralité »: qui ne prend pas parti. Le sens « indifférent » n'est pas sans rappeler la proposition de Freud: l'analyste doit être indifférent, impersonnel, impénétrable. Comme vous le savez, le mot « neutralité » est apparu dans la traduction de James Strachey en 1924, quand il a traduit par neutrality le mot allemand Indifferenz (à noter que le mot allemand parteilos se traduit par « neutre » ou « indifférent »).