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Freud n'a pas parlé de neutralité, comme le rappellent les auteurs de l'argument du Colloque de Deauville, mais il a insisté sur le nécessaire climat d'abstinence dans la cure à propos des « Observations sur l'amour de transfert » en 1924, ce qui n'a rien perdu aujourd'hui, dans ce contexte précis, de sa pertinence.
André Green éclaire d'une manière nouvelle le dispositif de la cure en parlant de matrice active, association libre du côté du patient et écoute flottante du côté de l'analyste (A. Green, 2002, pp. 54-66). J'aimerais, à ce propos, proposer une modalité d'écoute qui me paraît opportune dans certaines pathologies narcissiques graves: l'écoute créative.
« L'écoute ne privilégie pas le contenu exclusif des paroles mais s'intéresse à la voix, au corps et aux affects qui s'expriment à travers lui. La disponibilité de l'analyste aux effets de voix est amplifiée par le fait d'être flottante, non infléchie par les exigences du dialogue, de la réplique, de la joute des idées, de la politesse. Les intonations sont des mimiques et des postures vocales d'une grande subtilité et le ton fait une musique qui influence le contre-transfert de l'analyste et le prémunit contre ses refoulements. L'écoute analytique s'accompagne d'une attitude d'accueil – dite bienveillante – qui s'abstient de toute évaluation critique et de jugement. L'écoute de l'analyste lui garantit la présence de l'autre semblable, ce qui le renvoie à l'altérité primordiale et à toutes ses figures successives » (M.-F. Castarède, 2002, p. 489).
C'est l'expérience des patients limites qui exige de nous une conceptualisation plus souple et plus complexe de la notion de neutralité, loin de toute dérive intellectualisante et désaffectée. Avec l'écoute créative, il y a place pour l'empathie.