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Freud a poursuivi toute sa vie une intense activité auto-analytique, dans laquelle sa réflexion théorique puise sa source. Si l'irrigation par cette source est manifeste dans une œuvre telle que la Traumdeutung (Freud, 1900), elle n'en est pas moins présente de manière plus souterraine tout au long de son œuvre. Cela est en particulier le cas des travaux des années 1936-1939 (1934-1939 si l'on inclut la première version, jamais publiée, de L'Homme Moïse et le monothéisme).
Cet axe de réflexion a été développé en particulier par Ilse Grubrich-Simitis, qui fait de L'Homme Moïse et le monothéisme – le texte central de cette période – une tentative d'auto-analyse, quelque trente-cinq ans après la Traumdeutung. Elle rappelle que la persécution antisémite, la maladie et le vieillissement poussent Freud pendant ces années à une interrogation qui touche à la fois ses origines et son identité, interrogation qui se reflète dans sa correspondance, en particulier avec l'écrivain Arnold Zweig (S. Freud - A. Zweig, 1968). Freud conduirait ainsi un travail auto-analytique avec pour support A. Zweig dans la peau d'un deuxième Fliess. Aux yeux de Grubrich-Simitis, les redites et les imperfections formelles du livre sur Moïse tiennent au fait qu'il s'agisse d'une rêverie diurne (Tagtraum), rédigée sous la pression psychologique des dernières années viennoises et permettant à Freud d'élaborer en filigrane la problématique que cette pression réactive – à savoir, celle des traumas précoces de son histoire personnelle (Grubrich-Simitis, 1991).
Grubrich-Simitis relève que c'est dans le cours des échanges avec Zweig autour de l'antisémitisme, de la question des racines juives et/ou allemandes des deux interlocuteurs, de l'émigration (Zweig avait alors émigré en Palestine) qu'apparaît la première mention de L'Homme Moïse. Elle insiste aussi sur le fait que Freud paraît comme possédé par son sujet: préoccupation obsédante,