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Il n'est pas d'usage qu'une revue de psychanalyse rende compte d'un roman paru dans l'actualité littéraire. Lorsque les limites de l'activité théorique et pratique de la psychanalyse sont franchies dans la rubrique des critiques, c'est le plus souvent en faveur d'un ouvrage dont la portée intellectuelle est revendiquée, jamais à ma connaissance pour aborder les problèmes soulevés par un roman.
Cependant, il s'agit, dans le cas des Bienveillantes, d'un ouvrage qui dépasse de beaucoup les limites du roman. C'est en connaissance de cause que je souhaite attirer l'attention des psychanalystes sur cette œuvre. Cette transgression se justifie à mes yeux parce que je crois que seul un psychanalyste est en mesure de saisir toute la profondeur et l'étendue de la problématique de cette œuvre. Mais ce n'est pas à partir de ce bref compte rendu qu'on pourra le mesurer. Car le souci de ménager la surprise du lecteur dépasse celui de satisfaire sa curiosité mise en appétit. Aussi ne puis-je que demander qu'on me fasse confiance pour se mettre à sa lecture.
J'ai lu à son sujet bien des critiques portant sur les aspects historiques et politiques de la période concernée par le roman, soit encore du début du déclin du national-socialisme allemand jusqu'à sa défaite finale. Je n'ai guère été convaincu par les arguments avancés, qui m'ont, en définitive, paru soulever des problèmes de détail. Et si je souhaite saisir l'occasion qui m'est donnée de recommander sa lecture, c'est parce que je reconnais à cette œuvre des qualités majeures. Je me suis trouvé bien des fois en présence de lecteurs potentiels qui ont fait part de leur détermination à ne pas le lire. Le soupçon jeté sur l'auteur