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L'évidence du XXe siècle est que l'idéologie est aussi fondamentale au pouvoir destructeur de l'humanité que la poudre à canon. Les millions de vies sacrifiées pour la croyance en une idée, fût-elle chrétienne, islamique, socialiste, fasciste, etc., suggèrent que l'humanité irait mieux si les idées n'existaient pas (cf. également Hinshelwood, 1997). La définition que Kernberg donne, dans la citation suivante, laisse penser que la triste réalité se trouve confirmée:
« Dans le contexte de la psychologie des groupes et des masses, l'idéologie renvoie à un système de croyances qu'un groupe, une masse ou une société partage sur l'origine et les fonctions de sa vie sociale et sur ses exigences et attentes culturelles et éthiques à l'égard de la société » (Kernberg, 1998, p. 277).
L'idéologie est tellement mal nommée que la définition de Kernberg suggère que n'importe quelles idées d'un groupe ou d'une masse (foule) sont idéologiques. Pourquoi des idées ont-elles amené la civilisation à la situation que nous avons connue au cours du siècle dernier?
L'idéologie, ce n'est pas seulement des idées au sein d'une dynamique de groupe. Les choses ne sont pas si simples. Il arrive fréquemment qu'un individu puisse donner ce qu'il a de meilleur au sein d'un groupe. Une idée, même partagée par un groupe, peut avoir une valeur particulièrement créatrice. Notre espèce est celle de l'homo doué de sapiens, c'est-à-dire de sagesse. Bon nombre des plus grandes réussites de l'humanité résultent de l'activité d'un groupe – une équipe de recherche ou de football, un groupe de peintres tels que les Cubistes, l'inspiration d'une fin de repas décontractée, etc. Il apparaît également qu'un mélange d'idées et de vie en groupe peut se révéler aussi explosif que la poudre à canon ou aussi créatif que le génie. Les groupes peuvent