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Espoir d'un dépassement de soi, source à la fois d'inspiration et de détresse, l'infini fascine et inquiète. Mais que l'homme le peuple de forces mystérieuses et de divinités, ou qu'il le conçoive comme objet de découverte et tente de le maîtriser et de se l'approprier, l'illimité est bien plus qu'une dimension démesurée de l'infini; il renvoie aussi à l'indéfini, à l'indéterminé qui nous entoure et nous habite en notre inachèvement.
Étrange échange de correspondances entre Freud et Romain Rolland1, qui laisse apparaître, malgré l'admiration et l'affection qu'ils se portaient l'un l'autre, combien ils se correspondaient peu. Alors que Freud adresse à Romain Rolland L'avenir d'une illusion, celui-ci attire son attention sur une sensation qu'il éprouve depuis son plus jeune âge, à ne pas confondre avec le sentiment religieux, ses croyances et ses illusions.
Pour Freud, l'intervention de R. Rolland est si troublante et s'intègre si peu à son mode de penser qu'il n'y répond que deux ans plus tard, dans Le malaise dans la culture. Il mentionne un « sentiment qu'[il (l'ami, Romain Rolland)] appellerait volontiers la sensation de l' “éternité“, sentiment comme quelque chose de sans frontière, sans borne, pour ainsi dire “océanique” »2. La distinction est de poids qui conduit Freud à considérer comme un sentiment ce qui se présente comme une sensation, c'est-à-dire douée du caractère fugitif, intermittent, de ce qui s'apparente à une expérience, impliquant à la fois le corps et l'esprit dans la relation au monde. La sensation océanique, cette attraction vers l'infini, vers l'illimité, relève pour Romain Rolland d'une