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Un tableau célèbre de Pieter Bruegel l'Ancien, aujourd'hui à Vienne, représente la tour de Babel comme une construction en spirale; c'est un édifice destiné à rester inachevé du jour où Dieu, qui s'en offusquait, a introduit entre les hommes la confusion des langues.
La tour de Babel a réellement existé. C'était une ziggourat édifiée à Babylone, à une centaine de kilomètres au sud de l'actuelle Bagdad, vers 1500 avant notre ère. Comme tous les édifices de ce genre, cette tour avait une fonction sacrée, bien marquée par son nom, « La Maison du Fondement du Ciel et de la Terre ». Elle était, en effet, symboliquement construite sur l'axe du monde, sur un plan carré désignant les quatre points cardinaux. Lors d'une cérémonie annuelle, on récitait le poème de la Création. Le roi, privé de ses insignes, était publiquement giflé et humilié; il devait confesser son indignité avant de retrouver les attributs du pouvoir. Il conduisait alors une procession qui s'élevait d'étage en étage. Ce qui se rejouait lors de cette cérémonie annuelle, c'était la création du monde: car, dans la chambre située tout au sommet, le dieu Mardouk, celui-là même qui avait créé le monde, s'unissait à la déesse Zarpanit. Le roi, arrivé au sommet dans cette même chambre du haut, reproduisait cette union créatrice du monde, en collaboration avec une très réelle prêtresse, sans que nul fût autorisé à y assister. Cela est attesté par Hérodote.
Le psychanalyste qui lit cette histoire est ravi, surtout s'il est saisi par la passion des origines. Car, comme dans d'autres mythes des origines, on y trouve tout ce qui fait la dramaturgie de la scène primitive, dans l'ordre tout à la fois de la création du monde par un dieu et de la création de l'enfant par le couple parental.