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Avec Avant d'être celui qui parle, Jean-Claude Rolland nous donne un livre court, dense et profond dont le constant bonheur d'écriture rend la lecture jubilatoire, même quand elle s'avère exigeante.
L'ouvrage est divisé en deux parties successives: « Paroles » et « Images » dont l'articulation constitue l'enjeu essentiel de son exploration de la situation analytique. Son titre, Avant d'être celui qui parle, reprend la formulation qui ouvre la deuxième partie; elle fait valoir, après les quatre premiers chapitres centrés sur le statut de la parole en analyse, l'importance que l'auteur entend conférer à ce qui vient « avant » elle. Que cet « avant » vienne ici « par après » en souligne donc l'ambiguïté: « Avant d'être celui qui parle, l'homme est un voyant. Une relation de continuité articule ces deux activités de l'esprit, la vision et la parole, ainsi qu'une relation de causalité: parce qu'un don de voyance menace l'homme d'entraver son accès au monde, il lui faut impérativement recourir à la parole. » La référence à une continuité suppose une dimension intégrative, génétique. Mais le « avant » a, d'abord, une portée synchronique: le visionnaire surgit chaque nuit chez le rêveur; plus largement, J.-C. Rolland désigne là une « pensée en images » à laquelle il confère une place essentielle dans le fonctionnement de l'appareil psychique. Il recoupe ainsi toute une ligne de recherche actuelle. En posant l'antagonisme entre la pensée imageante – avec sa pente hallucinatoire – et la pensée verbale liée à la réalité de l'échange interhumain, il se situe dans le droit fil de la pensée freudienne (cf. L'interprétation du rêve). Quand il écrit: « Il faut à l'homme qu'il parle », J.-C. Rolland témoigne de l'inspiration qu'il a trouvée dans la pensée de Lacan