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« Fuis les sirènes, leur voix ensorcelante, et leur prairie en fleurs… Pétris de la cire à la douceur de miel et, de tes compagnons, bouche les deux oreilles… Toi seul dans le croiseur, écoute si tu veux, mais pieds et mains liés par de solides liens, fais-toi fixer au mât, demeure immobile, debout sur l'emplanture… pour goûter au plaisir d'entendre leur doux chant… »
« Il y a un naufrage qui constamment menace le discours », nous dit L. Danon-Boileau, pour introduire son chapitre sur la parole nostalgique… Un « trouble » qui saisit l'analyste qui lui prête oreille, séduit par la poésie du dire qui rend « voyant » celui qui saurait l'écouter… Étranges sensations, tour à tour attraction, fascination, sidération, paralysie, qui ne peuvent en effet manquer d'interroger en nous la perplexité qu'elles suscitent. La mélodie, la tonalité, l'allure du débit, ne sauraient l'expliquer, écrit-il, pas plus que la « couleur de la voix », belle expression pour traduire cette délicieuse association de la vue et de l'ouïe, du voir et de l'entendre… L. Danon-Boileau nous propose une hypothèse pour rendre compte de ce phénomène: le « contenu de la parole comme tel » serait le fauteur de trouble, le responsable de ce saisissement par la sensation qui viendrait alors noyer la représentation en quête d'émergence chez le patient. Tandis que l'analyste qui écoute se voit chargé d'images vives et de sensations semblables à celles « où le lecteur se trouve après avoir lu: “Tout à coup, le vent fraîchit, la montagne devint violette. C'était le soir.” » A surgi alors en moi, lectrice de ces lignes, le souvenir d'enfant de « cet amour de petite chèvre », qui, voulant goûter à la liberté et devenir indépendante, ignora le loup…
C'est ce danger-là que la lecture de ces pages si attrayantes m'aura incitée à interroger. Quel est donc ce naufrage qui guette insidieusement le discours? De