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« Qu'elle se veuille agent de guérison, de formation ou de sondage, la psychanalyse n'a qu'un médium: la parole du patient. »1 Si je n'avais lu ces fortes paroles de J. Lacan en 1953, me serais-je jamais intéressé aux relations de la psychanalyse et du langage? Mais si aujourd'hui je les replace dans leur contexte – le Rapport, dit de Rome –, je me dis que ce texte n'est certes pas le moyen de voir plus clair sur la question.
Il fallait s'interroger dès les années 1950: d'où nous venait cette nouvelle que l'inconscient était structuré comme un langage, plus de cinquante ans après la découverte de la psychanalyse? Depuis, je n'ai cessé de me le demander, disons, grosso modo, de 1960 à aujourd'hui. Cela m'a obligé à découvrir à mon tour l'œuvre de géant de Saussure, à explorer le champ linguistique jusqu'à Culioli et Meschonnic, et à me demander ce que nous psychanalystes avions à faire de tout cela, pour conclure enfin que l'aphorisme lacanien était plus que discutable et que la référence à trouver en linguistique pour tenter de jeter un pont avec la psychanalyse échappait aux théorisations passées et était encore à venir.
Mon attirance et ma réticence envers les idées de Lacan datent du Rapport de Rome (1953). Que Lacan fût tenté par ce que j'ignorais encore relever du pôle logico-grammatical me paraît rétrospectivement une évidence. Son rattachement au structuralisme, même avec des nuances qui distinguent sa position de celles des autres, s'efforçait bien de rejoindre la polarité logico-grammaticale (d'où son intérêt, ensuite déçu, pour Chomsky). Sa considération du seul signifiant, ses indications dépourvues de la moindre ambiguïté sur la mise à l'écart de l'affect, sa référence insistante en faveur de la combinatoire sont autant de témoignages de cette affirmation. Je reviendrai sur cette bipolarité (avec le pôle rhétorico-herméneutique).