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« Quelle parole en psychanalyse? » À dessein, je me permets de reformuler ainsi la tâche des deux rapporteurs du colloque. Car c'est bien à cette question qu'ils répondent lorsque, loin de se contenter de raffiner l'expérience du langage dans ce qui devient de plus en plus, hélas, le jardin secret de la psychanalyse, ils placent la théorisation de la parole en analyse à l'intérieur du vaste champ des « études de l'esprit ». Tout en sollicitant aussi un nouveau retour à Freud, qui nous permet de mieux différencier la parole en psychanalyse de l' « inconscient cognitif » ou de la « déconstruction philosophique ». De quoi faire de notre congrès un véritable événement épistémologique qui ne pouvait avoir lieu qu'au sein de la psychanalyse française et francophone. Je m'explique.
Avec la phénoménologie, puis la sémiologie, lorsque ces deux disciplines savent prêter l'oreille à la découverte freudienne de l'inconscient – mais aussi au « gai savoir » du langage qu'apportent les « grands écrivains » modernes –, une révolution était, est en cours dans la compréhension de ce que « parole » veut dire. Il s'agit de traverser la surface de l'objet « langage » faite de signes (de mots) et de synthèses prédicatives (logique, grammaire) pour viser ce que Husserl appelait la hylé, la matière laissée en dehors de la « mise entre parenthèses » dans l'acte de signifier. Merleau-Ponty a accompli ce bouleversement en recherchant un état « préréflexif » de la pensée qui élargisse la communication avec le monde (avec l'Être), au croisement (chiasme) de la nature et de l'esprit: