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« Mais », me dit ma patiente déjà debout et presque au seuil de la porte, avec le visage en larmes: « Avec toutes ces douleurs, avec tous ces chagrins, la vie vaut-elle la peine d'être vécue? Je sais que vous ne pouvez pas me répondre, mais dites-moi quand même quelque chose. » Je lui dis avec un sentiment profond, car sa question m'a beaucoup touchée: « Je ne sais pas, je n'en ai aucune idée, mais je n'ai pas autre chose à vous offrir. » Elle me regarde en ouvrant grands les yeux: « Oui, je vois, mais vous m'avez répondu. Merci. »
Nous avançons vers la porte et nous serrons la main. Elle me fit pour la première fois un grand sourire. Je pense que, pour Marie, il s'agit d'un moment de ceux qu'on appelle mutatifs dans un travail analytique.
Marie m'appelle une première fois au téléphone pour me demander un rendez-vous, auquel elle ne vient pas sans me prévenir. Peu de jours après, elle me rappelle, en me présentant des excuses pour avoir « oublié » notre rendez-vous, et pour me dire que, malgré son « oubli », elle a un grand intérêt à me parler, car son médecin le lui a conseillé, et elle a une grande confiance en ce médecin.
Marie a moins de 60 ans au moment où elle vient me voir. Elle venait d'avoir une ablation des deux seins, à la suite d'une récidive d'un premier cancer. Elle eut ensuite une métastase osseuse. Quand elle est venue me voir, elle suivait un traitement chimiothérapique continu qu'elle ne pouvait plus supporter. « À quoi sert de prolonger la vie, si ce doit être une vie comme celle que je mène à présent? », me demande-t-elle à plusieurs reprises.
Marie souvent ne parlait que du factuel et de l'actuel, avec un ton de voix monocorde et sombre; dans tout son discours, rien ne faisait penser à l'infirmière gentille et vivace qu'elle disait avoir été autrefois. Avant. Avant la maladie, tout était différent.