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Je me permets d'ouvrir cette communication en prenant référence à un mythe védique étonnant, encore qu'il ait certains équivalents dans la culture grecque et peut-être dans les mythologies mésopotamiennes.
Il y a peu, au cours d'une discussion savante diffusée par France Culture, j'ai eu l'occasion de me plonger un moment dans les remarquables études de Charles Malamoud1 sur les pratiques sacrificielles de l'antique religion qui a engendré les mythes védiques. Pour faire court, C. Malamoud montre de façon convaincante que, dans les pratiques sacrificielles de cette époque, le sacrificateur symbolisait à travers la gestuelle et les propos rituels de sa pratique une sorte de métamorphose qui identifiait dans une certaine mesure son corps au corps des dieux à qui il sacrifiait. Simultanément, le rituel – gestes et paroles – modelait en quelque sorte le corps même de ces dieux, dessinant une divinité mâle et une divinité femelle, la parole appartenant à cette dernière à la manière d'une sorte d'empreinte en creux de l'agir et du geste, propriétés, elles, du dieu mâle. Partant de ces recherches décisives, abordées par lui pour la première fois en 2001, C. Malamoud étudie le corps archéologique d'un texte védique qui comptait une prouesse mythologique du dieu suprême Indra. Le récit qu'il en rapporte établit que les dieux – mâle, d'une part; femelle, de l'autre –, bénéficiaires des sacrifices s'unissaient finalement dans un acte génésique engendrant un enfant dans l'utérus de la déesse. Cet enfant réunissait ainsi en lui l'acte et la