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Nous avons tous fait l'expérience d'une parole qui soulage. Notre propre analyse, nos analysants, nous en ont donné maintes et maintes preuves. Aussi est-il toujours surprenant et inquiétant de constater, chez un de nos patients, que ses paroles proférées, loin de le soulager, accroissent répétitivement sa souffrance. Eugénie est l'un d'eux. Elle a la trentaine et est en psychothérapie psychanalytique avec moi depuis de nombreuses années trois fois par semaine, au rythme d'un jour sur deux. Lorsqu'elle me parlait de ses « angoisses », elle avait le sentiment que non seulement, celles-ci étaient réveillées par sa parole, mais que, en outre, elles étaient accrues par leur récit. Quoi que je dise ou ne dise pas, immanquablement, au moment où elle pensait à la fin de sa séance, elle remarquait qu'elle allait partir plus angoissée qu'elle n'était arrivée, au point de douter et de me faire douter de la valeur de la « cure de parole ».
Pour comprendre ce phénomène, L. Danon-Boileau a le grand mérite de proposer une utile distinction entre parole compulsive et parole associative: « La parole associative investit la trace du mot entendu; la parole compulsive, la trace du mot prononcé (le schème articulatoire). Or on est toujours seul à prononcer un mot, mais on peut être deux à l'entendre. » Cette dernière remarque, que je souligne, me paraît très juste. Eugénie a une parole compulsive: elle est seule « en prononçant ses mots » comme si elle ne s'entendait pas psychiquement – réflexivement – les dire, comme si elle n'était pas seule avec elle-même à l'intérieur de la structure dédoublée de son Moi. Elle me demandait souvent « Vous comprenez? Vous comprenez? », comme si je ne l' « entendais » pas et que mon silence expressivement « approbatif » en « vis-à-vis » (C. Parat) ne signifiait pas ma compréhension, et ne suffisait pas, pour lui permettre de ressaisir en « retour » sa propre pensée. Elle souffrait d'ailleurs de se sentir seule,