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Cette contribution est née de ma perplexité devant un paradoxe. En lisant les premières pages de Laurent Danon-Boileau, son rapport « La force du langage », j'éprouvais avec intensité cette joie particulière à lire sur « la parole comme activité », processus dynamique, ce que je pensais déjà comme une conviction profonde, sans bien savoir que je le pensais, et à le voir formulé sous une forme beaucoup plus élaborée, riche, précise et stimulante que je n'aurais jamais pu le penser. Puis, au fil du rapport, mon intérêt ne s'est pas relâché sur la relecture des enseignements de la talking cure, la façon de prendre en compte l'intersubjectif, la réflexion sur la parole associative, l'étude de la parole compulsive… Or les réflexions finales sur la parole nostalgique, à propos de la cure d'Ada, m'ont troublée. Non que je puisse, à proprement parler, faire état d'un désaccord – ce n'est pas moi qui écoute Ada, et j'entends bien d'où provient le malaise devant la trop grande force de figuration d'une parole à l'adresse interminable.
Et cependant, pensant à ceux de mes patients qui savent me faire « voir » ou éprouver ce qu'ils disent plus qu'ils ne le perçoivent eux-mêmes, et qui m'obligent à un travail permanent de déprise d'un certain risque de fascination, je m'apercevais que mes propres réflexions prenaient une voie bien différente de celle de l'auteur du rapport, d'autant que sa patiente sait varier ses adresses, trouver des interlocuteurs, jouer de registres hétérogènes – y compris très crus, mais pour s'en dégager et non pour s'y immerger; elle ne me semblait justement pas prise par l'impérieuse nécessité de ne pas s'éloigner de l'interlocuteur idéal que serait l'analyste. Si la boucle de réflexivité qui consisterait à devenir son propre public, à s'entendre vraiment, ne s'effectue que par le détour de divers publics, l'adresse interminable d'Ada est une parole en quête de publics, capable de trouver ses médiations à défaut (?) de se médier elle-même. J'ai du