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L'idée de Laurent Danon-Boileau de proposer la notion de parole nostalgique nous oblige à revoir ce qu'est la nostalgie selon Freud, d'abord, et aussi selon les analystes français (de langue française). Nous constatons sans surprise chez ces derniers une certaine confusion des langues qui concerne essentiellement les variations entre deux traductions de Sehnsucht – à savoir, « nostalgie » et « désirance » (ou encore « désir ardent d'un objet du passé »). Certains se tiennent fermement à l'une d'entre elles, d'autres se déplacent de l'une à l'autre, d'autres encore renoncent à traduire en prenant en compte le fait que, selon son habitude, Freud introduit dans son langage théorique un mot usuel auquel il donne la valeur d'un concept analytique spécifique1.
Ce concept est développé dans Inhibition, symptôme et angoisse2, notamment à partir de l'étude du passage de la douleur corporelle vers le domaine psychique. L'angoisse du nourrisson, mais aussi sa douleur, devant une personne étrangère est rappelée. En effet, l'enfant se comporte comme s'il ne devait plus jamais revoir sa mère, et il éprouve tout autant le désir (ou la désirance) de la revoir que la nostalgie, douloureuse, du visage perdu; l'expérience, et Freud y insiste, commence en effet dans la douleur qui est ici, évidemment, une douleur psychique.
Le problème est de comparer l'expérience de la douleur corporelle qui survient « lorsqu'une excitation, attaquant la périphérie, fait effraction dans les dispositifs du pare-excitation », avec celle qui est ressentie en cas de perte d'objet. Pour ce faire, Freud part du constat de l'investissement narcissique intense