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« Tout à coup, le vent fraîchit, la montagne devint violette. C'était le soir. » C'est par ces deux phrases tirées de « La chèvre de M. Seguin » que L. Danon-Boileau illustre l'émergence dans la parole d'un événement dont, nous dit-il, le sujet fait l'expérience. Dans ce passage dans la langue d'un mouvement interne, ce sont les mots, et les mots seuls, qui font tout, convoquent une sensation, justement parce qu'ils ne la décrivent pas et savent la taire. L. Danon-Boileau origine ce mouvement interne dans un événement dont le sujet fait l'expérience. L'usage de cette notion d'expérience n'est pas neutre dans le langage analytique, tant il renvoie implicitement tout analyste au modèle de l'expérience de satisfaction et à l'expérience d'effroi dont parle Freud, dans l'interprétation du rêve.
L'expérience originaire de la satisfaction est basée sur l'idée que l'état de tension interne, de détresse, l'intervention extérieure et la satisfaction constituent, selon S. et C. Botella, une unité. Cette vision unitaire, disent-ils, ressort particulièrement de la fameuse note en bas de page dans « Formulation sur les deux principes du fonctionnement psychique » où Freud défend l'idée d'une « organisation qui est entièrement soumise au principe de plaisir et qui néglige la réalité du monde extérieur… On remarque que le nourrisson, à condition d'y ajouter les soins maternels, est bien près de réaliser un tel système psychique ». L'émergence dans la parole de ce qui convoque la sensation, fût-elle de plaisir ou de déplaisir, renvoie là, me semble-t-il, à l'investissement des traces perceptives liées aux avatars de cette unité qui fonde l'expérience.