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La parole est un don, dit Lacan. On ne peut que remercier l'autre de nous la donner. Cette parole offerte a une matérialité négligeable: l'acte n'est porté par aucune image, ni plasticité; la motricité bucco-phonatoire n'apporte aucune valeur ajoutée; si l'orateur reste silencieux, bredouille, ses auditeurs auront le sentiment que la parole lui aura échappé, qu'elle ne l'aura pas engagée.
La parole est un pur symbole qui va de l'un à l'autre quelle que soit la valeur de ce qui est dit. Elle a beau être usée comme une pièce de monnaie, elle garde, dit Lacan (1956, p. 97) au début de son Discours de Rome1 prononcé en 1953, sa valeur de tessère.
La parole prise est en partie inouïe. Pensons à nos patients que nous invitons à prendre la parole en début de séance: « Dites » est plus juste que « Je vous écoute », car c'est la parole qui provoque l'écoute; elle ne peut être préalable: on entend alors à la fois ce qui est dit et son dire. Ainsi débute à chaque séance la « cure de parole », traduction française de talking cure.