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Malgré toutes les critiques qui peuvent être faites au Discours de Rome, aussi bien sur son style que sur l'usage qu'il fait des philosophes, des linguistes, sur son côté « manifeste », etc., c'est encore aujourd'hui un texte indiscutablement fondamental. En effet, c'est en relation à la question de la parole et du langage que se pose la problématique de la transmission de la psychanalyse et que va s'établir une opposition entre deux conceptions de la cure et de la formation. En ce sens, nous devrions être fidèles à cette position de Lacan, comme l'a dit P. Fédida à São Paulo dans un séminaire sur le langage. Si le titre du Discours est « Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse », il faut peut-être le lire comme la fonction de la parole dans le champ du langage.
On connaît l'influence de Saussure sur Lacan. Cependant, il me semble que pour Lacan aucun modèle linguistique ne peut rendre compte de l'activité du langage dans la psychanalyse. De ce point de vue, il me paraît que l'affinité profonde de Lacan avec la pensée de Heidegger est plus importante que beaucoup d'auteurs lacaniens ne veulent l'admettre. La publication de la traduction qu'il a faite de la première partie du texte « Logos » de Heidegger, dans le n° 1 de La Psychanalyse, avec le Discours, est très significative à cet égard. Dans ce texte, justement, le philosophe recourt à Héraclite pour penser l'essence du langage. Il écrit sur l'origine du verbe legein, au sens de « rassembler » et de « mettre à reposer ». À ce niveau, le langage est très proche de la phusis, sens qui a été perdu, et devient une affirmation de quelque chose sur une autre chose. Je fais cette référence, parce que je crois que le langage pour Lacan n'est ni absolutiste ni solipsiste, comme je l'ai souvent entendu dire. Ici je crois qu'il est nécessaire de penser la notion de « langage premier », en soulignant la référence que Lacan fait à Ernest Jones, dans son article fondamental sur le symbolisme