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« Je pose au départ comme une évidence cette équivalence de la parole et de l'écriture, de la même manière que j'assimile la feuille blanche à cet autre lieu d'hésitation, d'illusion et de ratures que fut le plafond du cabinet de l'analyste. »
« Bref, le dialogue analytique, outre qu'il ne représente pas le tout du processus et du vécu en cause, semble par essence intranscriptible. »
« C'est de l'évanescence du langage réel dans la séance que naît une part non négligeable du processus de la cure. (…) Dès lors, comment faire si l'on veut dire quelque chose de l'échange tel quel, et des mots? Il faut évidemment les réinventer en laissant parler son contre-transfert. Il n'y a pas d'autre solution. (…) Dans les bons cas, donc, les mots inventés ne sont pas ceux de la réalité, mais ne changent ni la force ni le sens de ce qui a eu lieu. Au contraire: ce que l'analyste après la séance va placer dans la bouche du patient comme dans la sienne n'est sans doute pas vrai. Mais c'est justement parce que ce n'est pas vrai qu'il y a quelque chance que cela soit bien trouvé. »
Laurent Danon-Boileau est psychanalyste, et c'est le problème du psychanalyste qui l'intéresse ici: comment retranscrire une séance en traduisant le mieux possible la vérité de ce qui s'y est passé.
Dès le début de la psychanalyse, une question presque analogue s'est posée à certains patients. Plusieurs patients de Freud, comme Abram Kardiner, Smiley Blanton et surtout Hilda Doolittle, percevant qu'ils étaient en train de vivre une expérience exceptionnelle, ont écrit le journal ou le récit de leur analyse. Ils furent les premiers à inventer un genre littéraire voué à prospérer, car la psychanalyse, aventure de notre époque, allait, comme auparavant la guerre ou la pêche à la baleine, s'inscrire dans la littérature. Mais il est dans la nature même d'une séance d'être, à l'image de la vie intérieure, hétéroclite et énigmatique: l'évocation des événements alterne avec le souvenir d'un