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La parole, domiciliée dans le langage, s'en dégage au fil du développement d'un appareil psychique qui se constitue. Si son destin est de s'en dégager, c'est souvent au prix d'un long et douloureux processus de subjectivation pendant lequel la vraie parole se distingue d'une autre, déshabitée et désenchantée, small ou heavy, comme l'écrit L. Danon-Boileau. Ce qui pourrait vouloir dire que la parole émerge elle-même d'une autre parole, plus générale, plus diffuse, répétitive et parfois compulsive.
Pour se baptiser singulière, individuelle, et faire corps avec le sens (car elle fait déjà corps bien en deçà du sens, comme le montre le rapporteur dans l'exemple théorique d'A. Bullinger), cette parole ne peut que passer par le règne du pulsionnel. Comme le soutient Danon-Boileau, seule la parole traduit l'énergie du Ça (2e topique) en représentations inconscientes du Moi (1re topique). La parole serait en quelque sorte un convertisseur d'énergie qui transforme celle-ci en sens. Et, pour ce faire, la parole du patient est catalysée par celle de l'analyste, cette « parole transitionnelle » à effet organisateur sur le talking de l'analysant. Entre le premier temps de la parole régrédiente, primitive et hallucinatoire, et le deuxième temps qui ouvre la voie au sens et à l'insight, se situe ce « pas de plus » de l'objet externe incarné par l'analyste, après un passage par le chemin de l'affect et du corps.
J'aimerais déjà insister sur le fait que l'intervention de l'analyste, qu'elle soit interprétation, construction ou autre profération, n'est que ce « pas de plus », aboutissement d'éprouvés « côte à côte » (expressions de Danon-Boileau), tantôt solitaires tantôt partagés. Car, dans ce processus ardu qu'est la cure psychanalytique, processus fébrile à certains moments, stagnant à d'autres, les « heures de répétition » où l'analyste se sent « tenu à l'écart », « inutile » par une parole diffuse, compulsive, répétitive – et l'auteur le montre bien dès le démarrage de