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« Je ne peux pas être complètement analysé - je ne pense pas que ce soit possible. Il faut bien s'arrêter un jour ou l'autre; après quoi, on fait au mieux avec ce que l'on est. »1
À défaut de pouvoir s'illusionner sur un bonheur permanent possible, l'homme raisonnable cherche à éviter de souffrir. Les voies de cette quiétude sont limitées. S'il ne recourt pas à une construction délirante, forcément totalisante, ni non plus à des paradis artificiels, s'il ne se livre pas dans des décharges pulsionnelles sauvages à la satisfaction effrénée de pulsions indomptées, l'homme va devoir composer avec les exigences de la réalité. Il connaîtra de toute évidence « un abaissement indéniable des possibilités de jouissance »2.
Dès sa réflexion dans « Malaise », Freud est certes restrictif sur les chances de parvenir au bonheur. Mais l'alternative entre les excès évoqués et un compromis qui ménage la continuité du sentiment d'existence plaide en faveur de la domination de la vie pulsionnelle par le principe de réalité. Les contreparties de ce sacrifice sont nombreuses, depuis la floraison de l'activité fantasmatique (à visée substitutive éventuellement) jusqu'aux bonheurs de l'amour et de la créativité. La construction de l'objet interne garantit le sentiment d'identité et permet la rencontre avec l'autre. « Cette technique de l'art de vivre », dit-il, ne se détourne pas du monde extérieur, elle permet de trouver le bonheur à partir d'une relation de sentiments avec les objets auxquels désormais l'être humain est « cramponné ». Il me semble essentiel de repérer ce que promeut fondamentalement le renoncement pulsionnel - à savoir, la trouvaille de l'objet. Les deux mouvements sont intimement liés et le premier détermine le second.