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« Seule la fiction donne accès au réel », écrit Michel Schneider. Déclaration provocante en forme d'oxymore, un apparent paradoxe, mais c'est en effet à la lecture d'un roman que nous convie notre collègue qui ajoute s'inspirer de « faits réels… les lieux sont exacts, les dates vérifiées »; il précise que « l'auteur n'a pas eu accès aux sources privées pour consulter les lettres et documents concernant les deux personnages principaux de ce livre ».
Ralph Greenson, qui fut pendant trente mois le quatrième et dernier psychanalyste de Marilyn, a-t-il constitué avec l'actrice « le couple le plus improbable: la déesse du sexe et le psychanalyste freudien »? Schneider ajoute: « C'est là que la psychanalyse et le cinéma vécurent leur liaison fatale. » Cette aventure singulière et sulfureuse nous éclaire-t-elle sur certaines facettes de la pratique analytique, ou, à travers cet épisode américain du début des années 1960, sur une de ses possibles dérives dans la société du spectacle?
Énarque, ancien directeur de la Musique au ministère de la Culture, musicologue, essayiste et romancier, l'auteur est aussi psychanalyste et, dès les premières pages, le projet du roman est en place: « Je les regarde être ce qu'ils furent et accueille l'étrangeté de l'une et l'autre figure comme si elle me parlait de la mienne. » Comme le titre du roman l'annonce, c'est aussi de la chronique d'une cure, d'une époque et de certains aspects datés de la psychanalyse qu'il est question. Ce double fil, qui fait la force du livre, permet à Schneider de nous parler de lui - Marilyn (et Ralph), c'est lui comme Mme Bovary, Flaubert - et donc de chacun de nous. L'auteur décrit la rencontre de deux Américains du melting-pot: Roméo/Romi Greenschpoon, le Juif russe devenu Ralph Greenson, intellectuel aisé de la côte Est, et de Norma Jeane / Jean Mortensen