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Les relations fraternelles occupent une grande place dans la vie, les romans, les films, les contes et les légendes, mais petite dans les psychologies et de plus en plus absente dans les travaux psychanalytiques. En fait, dès Freud, les cas rapportés indiquent l'importance du frère ou de la sœur dans l'histoire subjective infantile, mais la théorisation n'en retient généralement que leurs rapports avec les parents. Le développement de nouvelles pratiques inspirées par la psychanalyse, sinon proprement psychanalytiques, centrées sur le groupe, sur la famille, rend plus remarquable cette absence et attire l'attention directement sur certains aspects de cette dimension de l'expérience humaine.
L'absence d'un cadre théorique apte à rendre compte de la relative spécificité du lien fraternel a, certainement, de multiples raisons et on peut en chercher la cause dans la culture. Défiant les difficultés méthodologiques de l'abord transculturel, E. Todd a soutenu une thèse audacieuse selon laquelle l'échec de la psychanalyse dans certains pays (le monde musulman et l'ex-URSS), et l'imperméabilité qu'ils conservent vis-à-vis d'elle, seraient dus à la place que tient dans leur culture la dimension horizontale, celle de la relation fraternelle, et de la fraternité comme valeur, ce dont témoignent les réglementations du droit et de l'héritage. De ce point de vue, le privilège accordé par la psychanalyse à la dimension verticale de la relation avec les parents serait un effet de la culture de Freud, de son expérience personnelle et professionnelle, et des particularités de la famille autrichienne, à cette époque.
Selon cet auteur, dans les familles communautaires et endogames typiques du monde musulman, l'idéal de fraternité ruse avec l'interdit de la consanguinité qui est respecté, mais limité à son minimum. La distinction de l'alliance et de la filiation est refusée.