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Depuis plusieurs années, je soutiens la thèse suivante: le complexe fraternel est un véritable complexe, au sens où la psychanalyse en a formulé la structure et la fonction dans l'espace psychique du sujet.
Le complexe est classiquement défini comme un ensemble organisé de représentations et d'investissements inconscients, constitué à partir des fantasmes et des relations intersubjectives dans lesquelles la personne prend sa place de sujet désirant par rapport à d'autres sujets désirants. Il en est ainsi du complexe d'Œdipe et du complexe fraternel. L'un et l'autre sont donc traversés par la conflictualité.
Le complexe fraternel n'est pas d'abord et seulement un déplacement ou un évitement du complexe d'Œdipe. Il ne se limite pas non plus au complexe de l'intrus, qui en serait le paradigme. Il ne se caractérise pas seulement par la haine, l'envie et la jalousie; il comprend ces dimensions, mais encore d'autres, tout aussi importantes et articulables aux précédentes: l'amour, l'ambivalence et les identifications à l'autre, semblable et différent.
J'avance cette proposition que le complexe fraternel désigne une organisation fondamentale des désirs amoureux, narcissiques et objectaux, de la haine et de l'agressivité vis-à-vis de cet « autre » qu'un sujet se reconnaît comme frère ou comme sœur. Le complexe fraternel consiste en une structure, une dynamique et une économie spécifiques. Sa structure triangulaire et ses composantes archaïques et pré-œdipiennes l'articulent par de nombreuses faces au complexe nucléaire de la psyché, mais il ne s'y réduit pas.
Le complexe fraternel comporte deux formes opposables: dans la première, archaïque, le sujet entretient avec le frère ou la sœur des relations qui ont essentiellement la consistance psychique d'un objet partiel, appendice du corps maternel imaginaire ou de son propre corps imaginaire; la seconde forme