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Après une première journée à la garderie particulièrement difficile pour lui, un petit garçon de 2 ans me raconte: « Je vais à l'école pa(rce) que papa travaille et pa(rce) que S… [son frère aîné] va à l'école. » Comment ne pas être sensible à son effort de théorisation? Pour donner sens à cette nouvelle expérience, cet enfant cherche à s'inscrire dans une lignée identificatoire qui s'origine dans l'objet paternel et passe par le frère aîné. Cette trajectoire identificatoire en cascade et, corrélativement, ce projet identificatoire échelonné pourraient lui permettre aussi de traiter la séparation avec sa mère et la différenciation de son petit frère, resté à la maison.
À un autre moment, ce même garçon sort de son lit et, rejoignant ses parents et les autres adultes réunis, constate avec un plaisir intense qu'il est réveillé alors que ses deux frères dorment. Il est seul avec les adultes, il triomphe d'avoir réussi à exclure ses frères, autant le grand que le petit. Mais la référence à chacun de ses frères endormis ne lui permet-elle pas aussi de se représenter exclu, lui, de la scène primitive? Dans ces scènes banales de la vie quotidienne, le fraternel est engagé à différents niveaux. S'y dessinent certains de ses enjeux spécifiques ainsi que des figures d'articulation de ce « complexe » avec d'autres organisateurs psychiques. Par ailleurs, s'ébauchent divers mouvements identificatoires, autant de terrains potentiels pour la mise en jeu des enjeux du fraternel, leur résolution, voire leur dépassement.
Je parcourrai ici quelques enjeux du fraternel et certains de ses destins, autant de figures et de mouvements transférentiels que la pratique analytique nous amène à considérer. Bien qu'il puisse parfois paraître artificiel de vouloir distinguer ce qui est d'essence fraternelle de ce qui tient d'un déplacement