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« La prochaine fois, je te chanterai une chanson, aujourd'hui j'avais trop peur…. »
C'est par ces mots qu'Aurélie clôt la première visite à son frère, Louis, né prématurément à la 26e semaine de gestation. Quelle est la « peur » dont Aurélie parle ce jour-là: l'angoisse de l'inconnu, de l'hôpital, des machines, des odeurs et de ce petit frère dont parlent les parents à la maison et qui provoque chez eux un tel bouleversement? Cette crainte se charge facilement de fantasmes préexistants, qu'évoque S. Freud dans sa lettre à Fliess1: « Tout me fait croire aussi que la naissance d'un frère d'un an plus jeune que moi avait suscité en moi de méchants souhaits… »
Dans les faits, en remettant à plus tard sa chanson, Aurélie introduisait un espace-temps qui lui permettait de moduler l'impact sur elle du traumatisme de cette naissance avant terme, qui avait provoqué un grand bouleversement dans la dynamique familiale.
Tant que les enfants furent « interdits de séjour » en médecine néonatale2, le problème de la fratrie confrontée à une naissance prématurée ne semblait pas exister. Dans cette situation de crise, il était parfois question de réactions somatiques chez l'un des enfants à la maison, mais on faisait rarement le lien avec la naissance et l'hospitalisation du puîné. Pourtant, quelle que soit la configuration envisagée et la conflictualité sous-jacente, la naissance d'un enfant prématuré dans la fratrie suscite toutes sortes de réactions qui s'ajoutent à celles que l'on constate lors de la naissance d'un puîné à terme.