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La déficience d'un enfant confronte chacun des membres de la fratrie à une douloureuse mais stimulante énigme. En fonction des conflits intrapsychiques et intersubjectifs de chacun des enfants, de leur développement cognitif et psycho-affectif, le handicap les renverra, par exemple, à des angoisses de morcellement ou réactivera celles relatives au complexe de castration. Par ailleurs, s'identifier à une personne blessée dans son corps fait toujours courir aux frères et aux sœurs le risque d'une blessure narcissique (R. Scelles, 1998).
Une pratique d'entretiens familiaux dans le cadre d'un service de soins à domicile et d'entretiens de recherche auprès de frères et sœurs adultes montre qu'il est rare que les membres de la fratrie, entre eux, échangent sur la manière dont chacun a vécu et vit encore subjectivement la pathologie. Il est possible d'évoquer le diagnostic, parfois les symptômes, mais non de parler des affects qui accompagnent la confrontation à cette « différence ». Si cette difficulté à parler entre enfants est dépendante des défenses parentales et familiales, toutefois, le groupe fraternel a une certaine potentialité transformative de ces défenses.
Selon R. Kaës (1993), le complexe fraternel est une expérience fondamentale de la psyché humaine; ne mettant pas en scène la différence des générations, le lien fraternel peut jouer un rôle d'évitement, de modération, voire de substitution du complexe œdipien à toutes les étapes de son élaboration. Il souligne l'entrelacement des liens familiaux, un même lien pouvant être, pour un parent, en rapport avec les impasses de sa propre histoire infantile et, pour l'enfant, s'inscrire dans une dynamique visant à acquérir le sentiment de sa singularité.
La manière dont, à chaque étape de la vie de la fratrie, chaque enfant subjective la pathologie est le fruit d'une articulation complexe entre plusieurs facettes de cette réalité: la maladie du médecin qui serait du domaine du cognitif et de la