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L'article qui suit est la critique d'un livre sur le deuil, paru après la disparition prématurée de son auteure, Martine Lussier. Marthe Coppel-Batsch n'aura pas non plus vu la publication de son travail, décédée accidentellement à l'automne 2007. Cette répétition de la cruauté du destin envers nos collègues et leurs proches, la présence de la mort dans leur sujet, pourraient nous donner le sentiment antique qu'on ne la convoque pas impunément. Ces morts en abyme et leur écho inconscient défient notre lucidité: « La dernière figure de cette série commençant avec les parents est l'obscure puissance du Destin que seulement le plus petit nombre d'entre nous parvient à concevoir de manière personnelle », écrivait Freud*.
Si la RFP ne publie pas d'hommages à nos collègues disparus, laissant au Bulletin de la SPP le soin d'honorer les personnes, il nous appartient par la publication de rendre justice à la qualité de leur travail, d'en permettre l'aboutissement et d'en garder trace pour les vivants.
Le monde moderne est paradoxal. On n'a jamais autant écrit d'essais et d'ouvrages savants sur la mort, et les endeuillés n'ont jamais été aussi seuls. En Occident du moins, les rituels sociaux qui entouraient traditionnellement la mort ont presque entièrement disparu. Il reste une souffrance privée assortie d'une injonction à caractère médical et légèrement moral: il faut faire le deuil. Faire le deuil, comme une tâche à accomplir: comme on fait son lit, ou bien peut-être