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Fruit des ambiguïtés constitutives de la psyché et de sa conflictualité, la trahison est d'abord le sentiment de perte d'un lien stable et de confiance à un objet, à un système de croyances et de représentations considérées jusqu'alors comme en résonance au Moi et à ses désirs. La nature illusoire et précaire des investissements d'objets – externes et internes – vient du coup au grand jour, prenant parfois une dimension traumatique. S'impose alors un travail de deuil et de réorganisation de liens désormais marqués par les aléas de la trahison d'une confiance donnée, ou reçue, tant sur le versant des idéalités du Soi que sur celui des relations du Soi à l'autre, singulier et collectif. Mais n'est-ce pas aussi ouvrir la possibilité du deuil que de trahir la fixation de l'investissement, au profit du réinvestissement, un autre objet ? Du mouvement de la vie…
La notion de trahison en psychanalyse apparaît omniprésente dans la vie psychique, et très polysémique. Un lapsus, un acte manqué, un jeu de mots, une plaisanterie « trahissent » son auteur. Double trahison : face aux autres, apparaître tel qu'ils ne nous savaient pas être; face à soi-même, découvrant ce qui à nous-même restait inconnu. À d'autres moments, c'est le corps qui sera de la partie proditoire, traîtresse : tel effort ou telle fonction qui nous « trahissent », rappelant une surestimation trop légèrement affirmée, une avance en âge trop négligemment méconnue, voire une émotion trop facilement réprimée. « Les crampes traduisaient son épuisement… » : traduttore-traditore, ce que le traître trahit est ici ce que le texte aurait voulu cacher.
Il est possible de décrire l'évolution psychosexuelle comme une série de trahisons, le sujet en étant à la fois ou successivement traître et trahi. Une trahison